Voici un merveilleux texte écrit par Amélie Malette sur sa cohabitation avec Willow, un perroquet conure. Ce texte est totalement représentatif de la vie avec un perroquet. Je vous laisse le découvrir :

Ma petite boule de plumes à moi, et bien elle pèse 70g, mesure 30cm, et personnellement, je considère qu’il s’agit d’un véritable ange de patience, avec une capacité d’adaptation hors norme ! Est-ce qu’il « m’obstine » et me « tient tête »? Oui. Tous les jours. Régulièrement. Est-il « têtu » et « dominant » pour autant ? Nah, pas du tout ! On est en relation. Toute relation implique un dialogue et des ajustements réguliers pour réussir à trouver l’équilibre entre nos besoins et ceux de notre partenaire. Idéalement, il faut qu’on puisse se sentir libre d’exprimer nos opinions et notre mécontentement en toute sécurité, sans craindre que le lien qui nous unit à l’autre s’effondre si on n’arrive pas à s’entendre parfaitement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Le perroquet est un petit compagnon qui excelle à l’art de s’affirmer au sein de ses relations ! Et c’est tant mieux ! S’il y a place, dans sa tête à lui, à la remise en question des règles de conduite et à la négociation, c’est génial ! Parce que cela signifie qu’il y a toujours place à l’apprentissage, au changement, et à l’évolution de la dynamique qu’on entretien avec notre plumeau. Cela veut dire que si j’ai fait des erreurs d’éducation dans le passé avec celui-ci, il y a encore un très bon espoir de pouvoir les corriger, et de développer avec lui des façons de communiquer plus saines et efficaces. Cela veut dire que les règles, dans l’esprit de mon petit perroquet, demeurent ouvertes, flexibles, et adaptables. Donc, si de nouvelles règles proposées font plus de sens et sont plus avantageuses pour lui, il peut se montrer très ouvert à les adopter, et à abandonner certains modes de communication plus dysfonctionnels qui ne lui apportent plus rien.

Willow m’obstine, me fait connaître son mécontentement, teste mes limites, et s’attend tout naturellement à être écouté et à ce que ses arguments à lui soient pris en considération. En tant que membre actif de sa petite communauté, il cherche à contribuer au bon fonctionnement de son groupe social. Mais reste qu’au point de vue du nombre d’efforts quotidiens à fournir pour vivre au sein de cette communauté et s’y adapter, Willow remporte la palme, haut la main !
Pensez-y comme il faut… Imaginez-vous vivre dans un milieu où, sitôt que vous sortez de votre cage, vous êtes surveillé 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Un milieu où une autre créature, beaucoup plus grande, puissante, et imposante que vous, vous dicte constamment votre routine, votre diète, décide des endroits et objets auxquels vous avez le droit, ou non, etc. Imaginez que vous la voyez passer des heures à pianoter gaiement sur un clavier… mais lorsque VOUS, vous voulez lui montrer comment s’en servir de façon encore plus efficace, lui enseigner que les touches sur lesquelles elle tape bêtement pendant des heures S’ENLÈVENT et SE LANCENT (s’est bien plus amusant et divertissant!), eh bien elle vous dit « non! », désapprouve, vous enlève de là, et insiste pour continuer à monopoliser cet objet SEULE. Même chose pour le couteau qu’elle ne veut pas vous laisser lécher (mais ça brille! Et il y a un autre oiseau qui me regarde dedans!). Même chose pour la machine à coudre, dont elle refuse de vous laisser s’approcher des parties mobiles, quand ELLE, elle passe ses mains tout près de celles-ci et les manipule pendant des heures ! Même chose pour le câble du séchoir à cheveux qu’elle ne veut pas que vous grignotiez… ou bien les noix de lavage qu’on ne peut pas goûter…

Cette énorme créature, qui devrait agir comme votre égal au sein de votre groupe social, décide de tout ! Elle contrôle tout ! Elle se donne tous les droits sur vous ! Elle vous restreint l’accès à tout plein de choses qu’elle, elle se permet allégrement d’utiliser ! Elle quitte le domicile pendant des heures, puis revient vous voir quand bon lui semble ! Elle vous domine à longueur de journée ! Mais, en tant que perroquet, vos instincts ne vous poussent ni à dominer, ni à vous soumettre à un être qui agit de façon aussi dominante qu’elle. Ils vous poussent à rechercher la collaboration et la réciprocité au sein du groupe social. Ils vous poussent à entrer en relation avec les autres membres et faire équipe selon les besoins.

Donc, quand la petite boule de plumes de 70g devient subitement agressive « sans raison » pour une demande pourtant « normale » et « habituelle » que vous lui faite… quand elle se gonfle les plumes, vous fait sa petite danse d’intimidation, et « s’oppose à votre volonté »… croyez-vous, RÉELLEMENT, qu’elle a le moindre désir de vous dominer ? Cherche-t-elle à prendre le contrôle sur votre quotidien, sur votre vie, vous dicter une routine, un mode de conduite, des règles à suivre, et de tout décider ce à quoi vous avez le droit ou non dans la maison que vous partagez ? Ou serait-ce moindrement possible que, ce jour-là, sa capacité à se plier à tous vos caprices avait déjà été atteinte, et que cette « demande habituelle » supplémentaire a simplement été perçue comme « une demande de trop ».

Si votre petit plumeau se fait gros et imposant, est-ce si difficile de croire que celui-ci puisse se sentir menacé par votre « instinct de dominance » et votre comportement directif à vous? Et qu’il cherche à vous EMPÊCHER de prendre le dessus sur LUI. Et que, si vous accueillez sa réaction en vous faisant encore plus imposant VOUS, il n’aura d’autre choix que de continuer à se défendre contre son agresseur, et de redoubler d’agressivité ? En vous montrant systématiquement plus ferme, directif, autoritaire, et inflexible en réponse à son comportement, vous jouez un jeu de force dont lui, ne comprend rien des règles. Il vous dit « NON ! ARRÊTE ! J’EN AI ASSEZ ! Tu es trop gros et tu prends trop de place ! J’ai besoin que tu m’écoutes, moi aussi ! Je me sens agressé, anxieux, et j’essaie de me protéger ! ». Et vous, vous réagissez par « HA! HA! Tu cherches à m’imposer ta volonté ! Tu vas voir ! Je vais te remettre à ta place, moi ! Je vais te montrer c’est qui le maître ! ». Ça ne fait aucun sens.

Plutôt que de lui permettre de prendre les moyens dont il a besoin pour se sentir plus en sécurité (ex : se percher en hauteur, prendre une distance physique par rapport à vous…), lui offrir une pause pour le sécuriser, lui parler doucement pour le réconforter, le distraire par des renforcements positifs, et s’assurer qu’il soit plus calme et réceptif avant de réitérer votre demande… Et bien vous redoublez d’efforts pour l’écraser. Comptez le nombre de fois que vous dites « non », et imposez votre volonté et vos règles à votre perroquet dans une journée. Le nombre de fois où c’est vous qui décidez pour lui. Oui, tout ce qui est « routinier » entre dans la catégorie, si cette routine a été établie et enseignée par vous. Une fois que cela est fait, pouvez-vous vraiment me regarder dans les yeux en affirmant que c’est votre perroquet qui se croit le « boss de la maisonnée »?

Personnellement, le nombre de fois où Willow accepte de se plier à mes décisions, mes règles, de se faire dire « non » de façon « injuste » (i.e. pour des choses que je me donne le droit de faire, mais pas lui!), et de collaborer malgré tout avec moi au quotidien est tout simplement hallucinant ! Que je le « domine » souvent dans l’objectif de le protéger des risques de son environnement ne change rien au fait que, de son point de vue à lui, c’est moi qui lui impose ce qu’il a le droit de faire ou non. Je suis en parfait contrôle des règles de son groupe social et de la mise en application de celles-ci. Par contraste, combien de fois ai-je été obligée de me plier à sa volonté à lui ? Si le perroquet s’attend naturellement à pouvoir faire preuve de leadership, être rassuré sur ses compétences, son rôle, et la place qu’il occupe au sein de son groupe. S’il cherche à établir et entretenir des liens relationnels équitables, et mutuellement bénéfiques. La révolte, si on ne lui laisse pas minimalement l’illusion d’un pouvoir décisionnel est, selon moi, inévitable.

Dans ce contexte, de mon point de vue, les perroquets sont donc extrêmement patients, conciliants, capables d’énormément de réciprocité et ont une forte volonté de collaborer. C’est le compagnon humain qui semble plus difficilement gérer la nécessité de devoir développer et entretenir une relation avec son perroquet, plutôt qu’être traité en roi et maître de la maisonnée. Il semble oublier qu’en tant que partenaire en position de pouvoir absolu, son rôle n’est pas d’utiliser ce pouvoir absolu pour obtenir de son oiseau une obéissance aveugle, et de prendre tout le dessus sur lui. C’est de prendre conscience qu’aux yeux de son oiseau, un tel niveau de pouvoir de sa part n’est pas normal, certainement pas sain, et peut rapidement être perçu comme une menace. Donc, tant et aussi longtemps que vous allez continuer à l’approcher d’une position de « toute puissance », s’il ne peut pas vous fuir et se retirer de cette situation, il va se défendre et chercher à rétablir l’équilibre du pouvoir entre vous avec les moyens qu’il possède. Ce n’est peut-être pas sa vie que vous mettez en danger, mais son autonomie, son intégrité, la façon dont il se perçoit lui-même au sein de son groupe social, et les privilèges qu’il est raisonnable pour lui de s’attendre à recevoir. C’est donc à vous que revient la responsabilité de vous mettre à son niveau à lui. C’est à vous que revient le rôle de vous faire plus petit à ses yeux que vous ne l’êtes réellement, et de créer des opportunités où le perroquet se sentira en contrôle, valorisé, écouté, et ressortira gagnant de vos arguments ! Il aura beau sauter à pieds joints sur votre tête, un perroquet ne fera jamais le poids pour vous écraser. Vous ne serez jamais dominé par lui. Ça ne fait aucun sens. Les capacités d’adaptation du perroquet sont déjà étirées au maximum du simple fait qu’on le force à vivre dans un milieu qui n’est pas naturellement adapté à ses besoins à lui. Peu importe votre bonne volonté, le perroquet aura toujours beaucoup plus d’efforts à fournir pour assurer le succès de votre relation que vous.

Alors, le moins qu’on puisse faire en retour, c’est de veiller à répondre aux besoins qu’il est incapable de combler lui-même, l’écouter, respecter son autonomie, de le guider à travers cet univers qui est le nôtre. Être pour lui une source de réconfort, de sécurité, et d’opportunité de s’affirmer. L’aider à grandir, s’épanouir, et « voler de ses propres ailes » du mieux qu’il peut, même en captivité.

L’idée, selon moi, c’est de devenir pour lui une figure de référence et un coéquipier envers lequel il aura assez confiance pour s’appuyer. Pas un tyran qui le mène par le bout du bec, et n’accepte aucune opposition. Je préfère vivre avec un petit perroquet qui exprime toute la richesse de sa personnalité, prend des risques (idéalement calculés), s’obstine ouvertement avec moi, et me confronte quand quelque chose ne fait pas son affaire, que de vivre avec un petit perroquet qui aurait appris à m’obéir uniquement parce qu’il a abandonné tout espoir de communication saine entre nous, craint ma colère, et se sent impuissant face à mes agressions. Ni lui, ni moi, n’en ressortirions gagnants dans ce cas-là.

Je remercie sincèrement Amélie de m’avoir autorisée à publier son magnifique texte.

Willow et Amélie

Texte et photos de Amélie Malette

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